SOS irréalisme environnemental : de quoi la présence de Monique Barbut au gouvernement est-elle le symptôme ?

Faut-il y voir une simple nomination technique, ou le signe d’une administration française durablement gagnée à l’idéologie décroissante ? Derrière l’arrivée de Monique Barbut au gouvernement, on discerne un phénomène plus large : celui d’une technocratie qui, depuis le Grenelle de l’environnement, aurait basculé du côté des ONG écologistes au point de leur déléguer la définition même de la légitimité en matière d’environnement.

Article publié par Atlantico le 30 juin 2026, avec la participation de François de Rugy, Olivier Vial et Jean-Luc Demarty, consacré à la nomination de Monique Barbut au poste de ministre de la Transition écologique. L’article est disponible dans son intégralité sur le site d’Atlantico, à l’adresse suivante : https://atlantico.fr/article/decryptage/sos-irrealisme-environnemental-de-quoi-la-presence-de-monique-barbut-au-gouvernement-est-elle-le-symptome-de-rugy-vial-demarty

Ce qu’il faut en retenir :

  • Infiltration d’État : La nomination de Monique Barbut illustre la porosité croissante entre la haute administration et l’agenda décroissant des ONG.
  • Hégémonie culturelle : Un imaginaire punitif et anti-technologique s’est imposé, poussant les ministres à valider les dogmes de la sobriété par pur conformisme.
  • Réseaux structurés : Des collectifs comme « Le Lierre » sédimentent l’idéologie écologiste au cœur des ministères, affaiblissant le pouvoir politique.
  • Goulots d’étranglement : L’interdiction de l’acétamipride, propre à la France, démontre comment le refus de la technique sabote délibérément la production.

Atlantico – La nomination de Monique Barbut — ex‑WWF, envoyée spéciale de Macron depuis 2020 — révèle‑t‑elle un entrisme écologiste décroissant au sein de l’État, rendu possible par la stratégie macroniste de recrutement hors partis ?

Olivier Vial : Oui. Macron accélère ce phénomène avec sa logique de dépassement des partis politiques. On a souvent eu dans les partis l’envie de s’appuyer sur la « société civile », ce qui ne veut pas dire grand‑chose puisque les élus sont eux aussi issus de la société civile. Mais sur les questions d’écologie, quand on veut trouver un expert, on va chercher parmi les ONG, qui apparaissent comme les seules légitimes.

C’est cela le vrai point : on croit que seuls ceux qui ont des références ONG sont légitimes sur l’environnement. Nicolas Hulot avait un profil hybride entre médias et ONG. Monique Barbut est un mix entre juriste, technocratie et milieu ONG. Cela révèle surtout que la légitimité écologique est aujourd’hui confisquée par les ONG.

Comment expliquer que des ministres technocrates comme Pannier‑Runacher, nommés pour leur expertise industrielle, finissent par porter des politiques de sobriété conçues par leurs administrations avant leur arrivée ?

Olivier Vial : Parce qu’au‑delà des administrations, il existe un imaginaire hégémonique construit depuis les années 1970 par des activistes, des ONG et certains médias. Un écosystème de médias alternatifs diffuse l’idéologie de la sobriété et de la décroissance, imposant des grilles de lecture.

La première grille, héritée du rapport Meadows, est qu’il faut limiter la croissance. L’imaginaire dominant dit que la technologie n’est pas pertinente, que les solutions techniques ne sont que des diversions qui prolongent un système jugé mauvais : capitaliste, occidental, impérialiste, colonialiste. L’objectif est de déconstruire ce système.

Dans cet imaginaire, l’homme occidental doit « se retirer » de l’écosystème, se punir des erreurs passées. Toute solution technique est rejetée car elle pourrait faire durer le système. Même un ministre issu de l’industrie, s’il propose des solutions techniques, est perçu comme allant dans la mauvaise direction.

Cet imaginaire est quasi religieux : ce qu’on attend n’est pas des solutions, mais une forme de pénitence.

La réduction des cabinets entre 2017 et 2022 a‑t‑elle créé un environnement où les directions centrales, les agences sanitaires et les réseaux écologistes disposent d’un pouvoir supérieur à celui des ministres ?

Olivier Vial : Je ne pense pas que ce soit la réduction des cabinets. En réalité, ils n’ont pas tellement diminué : beaucoup de conseillers continuent à graviter, parfois intégrés à l’administration.

Le vrai changement est ailleurs : l’expérience. Les conseillers sont beaucoup plus jeunes, les ministres aussi, souvent avec peu d’ancrage politique. Ils sont plus facilement confrontés à l’air du temps, sans l’expérience qui permet de relativiser, ni les retours de terrain qu’avaient les élus locaux devenus ministres.

Les ONG viennent avec des solutions « pures », radicales, qui semblent aller à la racine des choses. Elles ont une audience plus importante. Et l’air du temps décroissant a progressé : dans les années 70‑80, la décroissance était perçue négativement ; depuis dix ans, les Français y sont plutôt favorables sur le principe.

Trois phénomènes :

  • cabinets et élus moins expérimentés ;
  • ONG capables d’offrir un discours globalisant ;
  • un imaginaire décroissant devenu dominant.

Le réseau “Le Lierre” et les trajectoires de conseillers comme Faraco ou Ginet témoignent‑ils d’un entrisme écologiste structuré — ou d’une convergence idéologique entre ONG, hauts fonctionnaires et conseillers techniques ?

Olivier Vial : Il n’y a pas de volonté organisée. C’est moins un complot qu’une idéologie qui s’est développée dans certains milieux.

Les formations des élites ont intégré des modules environnementalistes : écoles de commerce, écoles d’ingénieurs, Sciences Po. On enseigne l’anthropocène, des théories sociologiques du rapport à la nature, des cours sur le « renoncement » à certaines activités économiques. Cette formation crée des cohortes de diplômés qui, arrivés à des postes importants, se reconnaissent et imposent leur vision.

Quand il y a des résistances, ils se structurent. On a des réseaux de hauts fonctionnaires militants, des boucles de magistrats en justice administrative hostiles aux grands projets d’infrastructure. L’idéologie s’est sédimentée autour de groupes.

Mais l’opinion publique ne les suit pas toujours. Plus les événements climatiques augmentent, plus les citoyens demandent des solutions concrètes plutôt que des discours culpabilisants. Les écologistes parlent de « retour du bâton », mais c’est spontané : les citoyens veulent des solutions, pas des pénitences.

L’affaire de l’acétamipride — interdit en France mais autorisé dans toute l’UE jusqu’en 2033 — illustre‑t‑elle la manière dont technocratie, solutionnisme et entrisme écologiste produisent des décisions plus radicales que les arbitrages politiques annoncés ?

Olivier Vial : Oui. Il y a aussi une stratégie des mouvements activistes : créer les conditions où la décroissance devient la seule issue. Supprimer certains produits oblige mécaniquement une partie de l’agriculture à réduire sa production. Empêcher les retenues d’eau conduit à des pénuries qui imposent la décroissance. Supprimer les retenues en montagne réduit le ski, le tourisme, l’agriculture : ce sont des « goulots d’étranglement » qui créent des pénuries choisies.

Cette stratégie est portée par une grande partie des mouvements écologistes. Mais aux États‑Unis, un contre‑discours apparaît : le livre Abundance d’Ezra Klein montre que la gauche a trahi son ADN en choisissant la pénurie, ce qui renchérit les coûts et nuit aux plus fragiles. Il explique qu’on ne peut pas sauver l’environnement sans croissance, car les investissements nécessaires sont énormes.

Sur la climatisation, c’est la même logique : on refuse les solutions techniques au nom de la lutte contre le « technosolutionnisme ». Pour ces mouvements, la technique empêche la révolution qui doit renverser le système. Une climatologue a expliqué que si les logements sont climatisés, les Français ne ressentiront plus la nécessité de remettre en cause le système.

D’Eurosatory au G7 : l’ultragauche se convertit au sabotage systématique

L’ultragauche a-t-elle définitivement abandonné les cortèges pour la clandestinité ? Entre incendies de sites d’armement et attaques de réseaux électriques, la mouvance radicale s’est convertie à la stratégie systématique des « mille entailles », ciblant les sous-traitants et les infrastructures du capitalisme. Un danger démultiplié à l’ère de la guerre hybride entre États désireux de profiter du phénomène.

Interview d’Olivier Vial publiée dans Atlantico le 16 juin 2026. L’intégralité de l’entretien peut être consultée à l’adresse suivante : https://atlantico.fr/article/decryptage/deurosatory-au-g7-lultragauche-se-convertit-au-sabotage-systematique-olivier-vial

Ce qu’il faut en retenir :

  • Sabotage systématique : L’ultragauche abandonne la désobéissance civile pour la stratégie des « mille entailles », ciblant les réseaux logistiques et industriels.
  • Ingérence par gamification : Des États hostiles (Russie, Iran) recrutent via les réseaux des adolescents isolés pour mener des sabotages téléguidés.
  • Décroissance et réensauvagement : L’écologie radicale combat toute innovation, même décarbonée, et sabote les sports de nature pour exclure l’homme.
  • Convergence des luttes : Les causes anticapitalistes, antimilitaristes et pro-palestiniennes fusionnent au sein d’une même plateforme radicale.

Atlantico – Nous sommes à quelques jours de l’ouverture du salon de l’armement Eurosatory et du sommet du G7, des événements qui mobilisent un dispositif sécuritaire hors norme. Pour dresser un diagnostic de cette montée des radicalités, regardons les faits récents : du 1er au 10 juin 2026, vous avez identifié quatre sabotages très ciblés dans le Sud-Est de la France. Il y a eu l’incendie d’un véhicule Equans (nucléaire) à Grenoble, le sabotage à la scie de pylônes alimentant STMicroelectronics à Froges, la destruction d’un transformateur à Rousset, et l’incendie de l’entreprise d’armement Eurolinks à Marseille. Que nous disent ces événements ? A-t-on franchi un cap capacitaire où l’antimilitarisme traditionnel, qui défilait dans la rue, s’est mué en un sabotage logistique et industriel systématique ?

Olivier Vial : J’ai effectivement voulu souligner cette séquence des dix premiers jours de juin, qui s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large. À Froges, les pylônes ont été sciés — et même s’ils sont heureusement restés debout et n’ont pas entraîné de coupure majeure — la revendication liait explicitement les secteurs visés : « De l’eau et des étoiles, pas des puces et du nucléaire ». À Rousset, l’incendie du transformateur, précédé de la découpe d’un grillage d’enceinte, porte la signature habituelle de l’ultragauche, très focalisée sur la microélectronique. L’incendie d’Eurolinks à Marseille illustre quant à lui la radicalisation antimilitariste fulgurante que l’on observe depuis plus d’un an, portée par la coalition « Guerre à la guerre » (initiée par les Soulèvements de la Terre). Leurs actions vont du simple vandalisme à des opérations beaucoup plus lourdes, comme ce sabotage important mené il y a quelques semaines dans la région de Tours contre deux entreprises d’armement.

Aujourd’hui, on observe des mouvements antifas (dans la région de Toulouse) et des groupes autonomes (autour de Grenoble et Lyon) qui cartographient non seulement les grands sites de la Défense, mais surtout leurs sous-traitants et prestataires, structurellement plus vulnérables. Et ce phénomène déborde largement la seule filière de l’armement : on note une forte accélération des sabotages depuis janvier contre le secteur du BTP et des grands travaux.

En réalité, la physionomie de l’activisme a muté. Il y a quelques années, lors des grandes marches pour le climat ou des premières actions à Sainte-Soline, le mouvement attirait des milliers de jeunes. Aujourd’hui, face à une certaine « fatigue militante » et à la radicalisation des mots d’ordre (systématiquement reliés à l’anticapitalisme ou à Gaza), les profils modérés ont déserté. Les profils les plus radicaux tendent à dominer, et ils ont abandonné la désobéissance civile pacifique pour épouser le diagnostic d’Andreas Malm : le seul moyen d’être efficace, c’est le sabotage. Ils appliquent la stratégie des « mille entailles » : plutôt que d’attaquer un site industriel ultra-sécurisé, ils frappent en amont les réseaux qui irriguent le capitalisme (transports, électricité, data, internet). C’est une méthode théorisée de longue date par le groupe de Tarnac en France ou des groupes allemands comme le Vulkangruppe.

Cette menace prend aussi des formes téléguidées de l’étranger. Une enquête du Financial Times (5 juin 2026) évoque ainsi le recours par la Russie ou l’Iran à des adolescents européens recrutés via Telegram, TikTok ou Discord pour des sabotages rémunérés en cryptomonnaies. Vous reprenez le concept d’« escalier de la radicalité ». Concrètement, comment un adolescent banal se retrouve-t-il à incendier une infrastructure au profit d’un État hostile ?

Olivier Vial : Nous savons depuis longtemps que des puissances étrangères exploitent nos fractures. On l’a vu il y a quelques mois avec l’affaire des « mains rouges » taguées sur les murs de Paris pour simuler un antisémitisme français, ou avec ces têtes de cochon déposées devant des mosquées : il s’agissait d’agents proches de la Russie cherchant à susciter des tensions sur notre sol. Aujourd’hui, ils ont perfectionné le système en ciblant nos adolescents isolés. Grâce à l’intelligence artificielle et aux traces que nous laissons sur les réseaux sociaux, il est très facile de profiler des jeunes en déshérence. Les recruteurs engagent alors un processus de gamification.

Le mécanisme de l’« escalier de la radicalité » que j’avais décrit pour l’activisme est ici appliqué au recrutement d’agents de déstabilisation. Au début, on leur propose des défis innocents, sans risque, pour leur mettre le pied à l’étrier. L’acte accompli, le jeune reçoit une micro-gratification symbolique ou financière. Puis, marche après marche, on lui demande de franchir un palier supplémentaire : l’acte devient plus grave, plus risqué, plus destructeur. Le cynisme de ces États est total : ils utilisent ces jeunes comme des mouchoirs jetables. Si l’opération échoue, le commanditaire coupe les ponts et reste à l’abri.

La question s’est posée en Allemagne. Récemment, nos voisins ont subi des sabotages massifs du réseau ferroviaire : s’agissait-il de l’extrême gauche ou de relais cherchant à imiter leur signature ? Le brouillage est total.

L’Iran, par exemple, a longtemps sous-traité certaines de ses opérations clandestines à des narcotrafiquants ou à de petits dealers. S’ils appliquent demain la même méthode à de jeunes activistes en quête du « petit frisson révolutionnaire », la situation deviendra critique. Heureusement, la plupart du temps, ces jeunes recrues n’ont aucune culture de la clandestinité et se font arrêter rapidement. Le véritable péril sécuritaire interviendra si cette ingérence étrangère parvient à se lier à l’ultragauche autonome, beaucoup plus habituée à la clandestinité.

Atlantico : Autre front radical particulièrement surprenant : le sport de pleine nature. En deux semaines, le balisage du Trail du Hautacam a été détruit, le marathon de Tarascon-sur-Ariège a dû être modifié, des clous ont été jetés sur le triathlon d’Aubusson, et des athlètes de l’Ironman de Hambourg ont été blessés. Quelle idéologie pousse aujourd’hui des militants écologistes à considérer les coureurs en montagne comme une menace légitime ?

Olivier Vial : Par le passé, nous avions déjà observé des sabotages contre des événements de motocross, ce qui pouvait, à la limite, se comprendre du point de vue militant à cause de l’utilisation de véhicules thermiques. Mais ici, on assiste à une véritable séquence de sabotages contre des sports non motorisés, avec des méthodes similaires.

Pour comprendre, il faut voir que l’écologie radicale a opéré un renversement intellectuel majeur. Il y a une dizaine d’années, le développement des énergies douces, des greentechs ou des transports alternatifs (le train, le fluvial) était perçu comme une avancée vertueuse. Aujourd’hui, ces mêmes secteurs sont attaqués.

Pourquoi ? Parce que l’idéologie dominante est désormais la décroissance : toute innovation qui permettrait au système de s’améliorer et de perdurer, même de façon décarbonée, doit être empêchée ou détruite.

Le second moteur, qui cible précisément les sports de nature, est porté par le concept de « réensauvagement ». C’est l’idée très radicale qu’il faut expulser toute présence humaine de certains écosystèmes. L’homme est perçu comme une pollution, et la moindre trace humaine (comme un balisage de sentier) doit être effacée.

Cela met aussi en lumière une contradiction chez ces mouvements qui prétendent ne s’attaquer « qu’aux biens matériels » sans faire de victimes. Retirer un balisage de sécurité en montagne n’a rien d’anodin : lors d’un précédent raid, un motard égaré a été retrouvé en grave hypothermie après de longues heures de recherche ; il aurait pu en mourir. Même chose lorsque l’on coupe le courant à Berlin et que des hôpitaux se retrouvent sans électricité pendant des jours, au péril des patients, ou lorsqu’un engin explosif est placé contre un ingénieur de l’Andra. Le sabotage porte toujours en lui le risque de la blessure ou de la mort.

Atlantico : La diversification de la violence touche aussi les profils individuels, qui détonnent totalement. Le cas de Ghislain B., cet ancien photographe libertaire de 85 ans arrêté après avoir posé une bombe au TNT devant un McDonald’s à Clermont-Ferrand, interpelle. Il invoque un « point de saturation » face à la guerre à Gaza. Que nous dit ce profil atypique sur la diffusion de la tentation terroriste ?

Olivier Vial : Il y a une mutation sociologique très nette. Après 2015, le profil typique de la « génération climat » était plutôt jeune, féminin et diplômé. Aujourd’hui, avec le resserrement du mouvement sur sa frange la plus dure, on retrouve des individus ultra-politisés. Certains vivent en rupture de ban et se fondent dans la culture des ZAD ou des squats. Parmi eux, on retrouve certains « anciens ». Des militants formés dans les années 80 qui jouent les « parrains » pour les plus jeunes. On revit l’atmosphère des « années de plomb », avec des figures comme Jean-Marc Rouillant (l’ancien leader d’Action Directe) qui se retrouvent invitées dans nos universités. Il y a malheureusement une transmission intergénérationnelle de la violence.

Le cas de Ghislain B. à Clermont-Ferrand en est une illustration : un octogénaire entouré d’un groupuscule de 4 ou 5 amis, dont un artificier. Sa cible n’était pas fortuite. McDonald’s subit des attaques répétées ; il y a un peu plus d’un an, un collectif baptisé « Les Frites » avait incendié un établissement en reprochant à l’enseigne son soutien à l’armée israélienne. Pour cette frange radicale, des entreprises comme Carrefour ou McDonald’s sont considérées comme complices d’un « génocide » à Gaza.

La culture de l’action violente et du sabotage s’est banalisée. Il n’y a qu’à voir le succès en librairie de Sabotez, qui n’est autre que la réédition d’un véritable manuel de sabotage des services secrets américains (OSS) datant de la Seconde Guerre mondiale.

Atlantico : Regardons enfin l’agenda des prochaines semaines : mobilisation contre l’armement, grande marche antiraciste alliant LFI et personnalités culturelles le 21 juin, combats écologistes des Soulèvements de la Terre cet été… Face à cet activisme tous azimuts, assistons-nous à une véritable fusion organisationnelle de toutes ces radicalités ou à une simple juxtaposition d’opportunité ?

Olivier Vial : Longtemps, les familles militantes de l’ultragauche sont restées extrêmement hermétiques. Ce n’est plus le cas. Trois grands dénominateurs communs permettent aujourd’hui leur rapprochement : la lutte anticapitaliste (qui est redevenue centrale), la lutte anti-impérialiste (devenue un marqueur obsessionnel depuis le 7 octobre 2023 sur nos campus), et la lutte antimilitariste, qui permet la fusion des deux. Au sein de coalitions comme « Guerre à la guerre », les frontières s’effondrent. On y retrouve à la fois des écologistes, des mouvements décoloniaux, des militants intersectionnels et des antifas. Seuls les « autonomes » les plus durs (ceux capables de mener des sabotages complexes) restent encore un peu en marge, notamment parce qu’ils adoptent des modes de vie plus marginaux et évitent de se mêler aux autres groupes plus intégrés dans la vie de la cité.

Mais pour le reste de l’écosystème, les militants se rencontrent physiquement en permanence. Chaque semaine, il y a de grands événements militants (rassemblement, blocage, ZAD…) qui brassent ce public. Cette multiplication des rencontres sur le terrain fait s’effacer les anciennes querelles idéologiques au profit d’alliances opportunistes. Résultat : les mots d’ordre s’homogénéisent. Le meilleur exemple reste ces récentes manifestations contre l’autoroute A69 dans le Sud-Ouest. On y a vu des militants écologistes agiter des drapeaux palestiniens et dénoncer des génocides. Le lien est intellectuellement fragile entre le bitume d’une autoroute dans le Tarn et la géopolitique d’Israël, mais sur le terrain, ces luttes sont devenues la plateforme intersectionnelle unique d’une radicalité qui a fait sa mue.

Émeutes d’après match : malgré son profil militant, Hugues B. témoigne sur BFM TV

Décrit comme simple supporter, Hugues B. évolue dans la galaxie de l’ultra-gauche et reprend les thèmes insoumis.

Article de Yann Montero, publié dans Boulevard Voltaire le 4 juin 2026, avec la contribution d’Olivier Vial. L’article est disponible dans son intégralité au lien suivant : https://www.bvoltaire.fr/emeutes-dapres-match-malgre-son-profil-militant-hugues-b-temoigne-sur-bfmtv/

Présenté par BFM TV comme un jeune supporter du PSG pris dans la tourmente des violences ayant suivi la victoire parisienne en Ligue des champions, Hugues B. est rapidement devenu le symbole d’une couverture médiatique jugée trop complaisante. Mais au-delà de la polémique visant la chaîne d’information, son parcours militant, révélé sur les réseaux sociaux, soulève une autre question : le profil et les méthodes de ce jeune homme ne servent-ils pas objectivement les intérêts stratégiques de La France insoumise ?

Un profil bien éloigné du simple supporter

Boulevard Voltaire était présent, lors de la comparution immédiate d’Hugues B. au tribunal judiciaire de Paris. Le jeune homme détonnait, parmi les autres prévenus. Alternant en master au ministère de la Santé, doté d’un niveau d’études élevé, il apparaissait très éloigné des profils habituellement associés aux violences urbaines.

Poursuivi pour avoir participé aux émeutes post-PSG, il a finalement été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour participation à un groupement en vue de préparer des faits de violence. Le parquet avait pourtant requis douze mois de prison avec sursis et a annoncé, ce jeudi, faire appel de la décision. Mais c’est surtout son parcours militant, scruté par FdeSouche, qui retient l’attention. Hugues B. apparaît notamment dans une émission du média Paroles d’honneur, proche des mouvances islamo-décoloniales. Il y évoque le blocage du lycée de Bondy dans une séquence où des enseignants sont publiquement désignés, suscitant de nombreuses critiques.

Sur les réseaux sociaux, il affiche également sa proximité avec Yassine Benyettou, ancien candidat de La France insoumise aux élections législatives. Il revendique, aussi, son engagement au sein de RED Jeunes, association issue du collectif Génération EDR. Or, ce collectif a longtemps gravité dans un environnement militant où apparaissait, également, la Jeune Garde, mouvement fondé par Raphaël Arnault et dissous par le gouvernement. Sur Instagram, Hugues B. publie d’ailleurs sa participation à une conférence du député LFI Raphaël Arnault. Difficile, dans ces conditions, de voir en lui un simple supporter tombé par hasard au milieu des violences.

Sur BFM, un discours parfaitement calibré

L’élément le plus frappant reste toutefois son intervention sur BFM TV. Invité à raconter sa version des faits, Hugues B. ne manifeste aucun remords particulier concernant les violences qui ont embrasé la capitale. Il ne s’attarde ni sur les dégradations ni sur les attaques visant les forces de l’ordre. En revanche, il développe longuement les thèmes des violences policières, des violences médiatiques et des violences politiques dont il estime avoir été victime. Une grille de lecture qui recoupe largement celle portée depuis plusieurs années par La France insoumise. Au cours de l’entretien, il va même jusqu’à affirmer que « tout est politique », tout en se défendant d’être militant.

Pour Olivier Vial, directeur de l’Observatoire des radicalités, cette posture n’a rien d’anecdotique. Selon lui, certains militants de l’ultra-gauche cherchent avant tout à être présents lors des épisodes de tension avec les forces de l’ordre. « Il y a une réelle volonté d’être présent là où cela risque de chauffer avec la police afin de récupérer des images qui viendront nourrir leur narratif », explique-t-il, à Boulevard Voltaire.

Nourrir le récit anti-police

Olivier Vial ne croit pas à l’existence d’une stratégie coordonnée visant à prendre le contrôle de ce type d’émeutes. « Ils rêvent d’être ceux qui tirent les ficelles de ce genre de mouvements violents, mais ils n’en ont ni les moyens ni la structure », analyse-t-il. En revanche, il souligne l’importance stratégique du discours anti-police pour la gauche radicale. « Le discours anti-police, pour moi, c’est un des trois dénominateurs communs de pas mal de familles de l’ultra-gauche », observe-t-il encore. Et d’ajouter : « Tout ce qui peut permettre de nourrir ce discours est efficace pour eux. »

C’est précisément ce que produit, aujourd’hui, l’affaire Hugues B. Alors que les images des émeutes montraient des policiers visés par des mortiers, le débat médiatique s’est rapidement déplacé vers les conditions de son interpellation et les supposées violences policières qu’il dénonce.

Un militant utile sans être forcément mandaté

La question n’est donc pas de savoir si Hugues B. a reçu des consignes de La France insoumise ou s’il participait à une quelconque opération organisée. Rien ne permet de l’affirmer. En revanche, son parcours, ses fréquentations militantes et son intervention médiatique produisent un effet politique très concret : ils contribuent à déplacer le regard des violences commises contre les forces de l’ordre vers le procès de la police elle-même. Autrement dit, sans être nécessairement un militant mandaté par LFI, Hugues B. apparaît comme le relais d’un récit politique dont les principaux bénéficiaires sont aujourd’hui les mouvements de la gauche radicale. Une convergence qui éclaire d’un jour nouveau le portrait du « simple supporter » présenté aux téléspectateurs de BFM TV. Ce 4 juin, Apolline de Malherbe, loin de s’excuser, a expliqué: « Je remercie Hugues pour son témoignage car il est particulièrement utile. J’aurais simplement aimé qu’il ait l’honnêteté d’assumer ses engagements après les questions insistantes que je lui ai posés. »