Olivier Vial : « Pour les militants d’ultragauche, il faut s’attaquer aux réseaux du capitalisme à l’instar de l’électricité, du téléphone et de la data »

ENTRETIEN – Un pylône électrique a été saboté en Haute-Savoie dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 septembre. L’acte de sabotage a été revendiqué par l’ultragauche. Le directeur du laboratoire CERU et rédacteur de la Lettre des radicalités constate une augmentation de ces actes.

Dans l’esprit des militants d’ultragauche, le système capitaliste étant en capacité de commettre des « écocides » ou de nous entraîner vers le « techno-fascisme », il faut s’attaquer à ses réseaux à l’instar de l’électricité, du téléphone et de la data, pour le déstabiliser, rappelle Olivier Vial.

Article publié par Epoch Times, écrit par Julian Herrero et publié le 28 septembre 2026, dans lequel Olivier Vial est interrogé sur les récentes attaques et actions de sabotage attribuées à l’extrême gauche en France. L’article est disponible dans son intégralité au lien suivant : https://www.epochtimes.fr/olivier-vial-pour-les-militants-dultragauche-il-faut-sattaquer-aux-reseaux-du-capitalisme-a-linstar-de-lelectricite-du-telephone-et-de-la-3357089.html

Epoch Times – Assistons-nous à une recrudescence des actes de sabotage d’ultragauche ?

Olivier Vial –  À l’évidence, il y a une recrudescence de ces actes. D’ailleurs, dans l’affaire du pylône saboté en Haute-Savoie, nous sommes en plein dans le modus operandi traditionnel de l’ultragauche et plus précisément, de la mouvance anti-tech.

Des chiffres du ministère de l’Intérieur transmis il y a quelques mois à l’Assemblée nationale sont d’ailleurs venus confirmer cette augmentation. Ils sont passés de 164 en 2024 à 190 en 2025.

Tous n’ont évidemment pas le même degré d’intensité, mais il est en revanche certains que les sabotages à caractère politique augmentent.

Cependant, en France, nous avons encore trop tendance à considérer ces faits comme de la simple délinquance de droit commun en ne retenant pas le caractère politique. Pourtant, cela permettrait de mieux comprendre ce phénomène.

Est-ce presque toujours l’ultragauche qui est derrière ces actes de sabotage ?

Dans le contexte actuel, il est difficile pour l’ensemble de nos services d’arriver à faire le tri entre ce qui est purement et simplement du sabotage d’ultragauche, et ce qui relève de l’ingérence étrangère.

Les puissances étrangères qui nous veulent du mal, très souvent l’Iran et la Russie, nous attaquent de trois manières différentes.

Elles peuvent agir directement, même si cette option est aujourd’hui de moins en moins privilégiée car elles craignent la réponse de nos autorités  en cas de découverte de leurs agissements.

Ces États malveillants optent aussi parfois pour le recrutement d’agents jetables sur place, nommés « Low-level agents » par les services secrets allemands. Téhéran a par exemple recruté il y a quelques années des membres de la DZ Mafia pour mener des actions terroristes contre des personnes de confession juive. C’est ce qu’on a appelé l’affaire « Marco Polo ».

Ils peuvent également recruter de manière formelle ou informelle des militants ou des activistes.

La troisième possibilité consiste à réaliser des actes de déstabilisation tout en copiant la signature de l’ultragauche pour brouiller les pistes des enquêteurs. Une méthode nettement moins employée qu’avant, mais qui n’a pas disparu pour autant. Souvenez-vous de l’affaire des « mains rouges » peintes au Mémorial de la Shoah en mai 2024. Les services secrets russes ont recruté des Bulgares qui ont imité la signature de la mouvance d’ultragauche pro-palestinienne.

Je pourrais également vous citer l’opération des têtes de porcs déposées devant des mosquées à Paris en septembre 2025. Même s’il s’agissait cette fois, pour les Russes, d’imiter la signature de l’ultradroite.

Quel est l’objectif de l’ultragauche derrière ces actes de dégradation ?

L’objectif est toujours le même : changer radicalement le système. Sauf que les militants d’ultragauche ont parfaitement conscience que le grand soir n’est pas pour demain et qu’ils n’ont plus les moyens de changer le système en mobilisant massivement les foules.

Ainsi, la stratégie pour atteindre cet objectif a été modifiée. Il s’agit désormais, comme l’a théorisé l’un de leurs penseurs, André Gorz, de faire mal à ceux qui nous font mal. Autrement dit, les capitalistes.

Dans leur esprit, le système capitaliste étant en capacité de commettre des « écocides » ou de nous entraîner vers le « techno-fascisme », il faut s’attaquer à ses réseaux à l’instar de l’électricité, le téléphone, la data, etc. C’est ce qu’on appelle la « stratégie des mille entailles ».

En s’attaquant au « sang du capitalisme », ils considèrent qu’ils peuvent l’affaiblir.

Ces mouvements d’ultragauche sont très influents dans les universités …

Nous sommes en train de revenir aux années 1970-1980, c’est-à-dire à une époque caractérisée par la prééminence d’une extrême gauche révolutionnaire voire terroriste dans les universités.

Il y a quarante ans, des mouvements étrangers comme le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) étaient très présents sur les campus. Et aujourd’hui, il est de retour dans les universités.

De manière plus générale, depuis au moins deux ans, nous assistons à une radicalisation particulièrement inquiétante du paysage étudiant.

Il y a un mouvement qui est révélateur de cette radicalisation : Révolution permanente.

Sa branche étudiante, le Poing levé, a même coupé les ponts avec le NPA, estimant que celui-ci s’était trop « droitisé » en se rapprochant de Jean-Luc Mélenchon !

Malheureusement, ces organisations extrémistes réalisent des scores stratosphériques lors des élections étudiantes.

Si l’ultragauche est aujourd’hui très active et influente, qu’en est-il de la menace d’ultradroite ?

Les ordres de grandeur ne sont pas les mêmes. Il y a deux à trois fois plus de personnes fichées S d’ultragauche que d’ultradroite.

Plus concrètement, il y a de temps en temps des activistes d’ultradroite qui s’apprêtent à faire des attentats, mais dans la très grande majorité des cas, ils sont interpellés en amont par les forces de l’ordre.

Et puis les activistes d’ultradroite sont très souvent dans la surenchère verbale. Ils s’étalent sur les réseaux sociaux, se vantent de ce qu’ils veulent faire sans nécessairement aller plus loin.

Du côté de l’ultragauche, la situation est plus complexe.  Il y a deux familles.

D’abord, la plus connue, celles des antifas. En règle générale, les activistes antifascistes auteurs d’actes de sabotage sont interpellés très rapidement.

Mais il y a d’autres groupes, issus de la mouvance autonome, beaucoup plus discrets, expérimentés et qui ont l’action directe dans le sang.

En somme, il y a une vraie différence en termes statistiques et d’intensité des actions entre l’ultragauche et l’ultradroite.

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Publié ou relayé avec Epoch Times

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