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Par Ewen

Le 30 juin 2026 à 12h01

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Faut-il y voir une simple nomination technique, ou le signe d’une administration française durablement gagnée à l’idéologie décroissante ? Derrière l’arrivée de Monique Barbut au gouvernement, on discerne un phénomène plus large : celui d’une technocratie qui, depuis le Grenelle de l’environnement, aurait basculé du côté des ONG écologistes au point de leur déléguer la définition même de la légitimité en matière d’environnement.

Article publié par Atlantico le 30 juin 2026, avec la participation de François de Rugy, Olivier Vial et Jean-Luc Demarty, consacré à la nomination de Monique Barbut au poste de ministre de la Transition écologique. L’article est disponible dans son intégralité sur le site d’Atlantico, à l’adresse suivante : https://atlantico.fr/article/decryptage/sos-irrealisme-environnemental-de-quoi-la-presence-de-monique-barbut-au-gouvernement-est-elle-le-symptome-de-rugy-vial-demarty

Ce qu’il faut en retenir :

  • Infiltration d’État : La nomination de Monique Barbut illustre la porosité croissante entre la haute administration et l’agenda décroissant des ONG.
  • Hégémonie culturelle : Un imaginaire punitif et anti-technologique s’est imposé, poussant les ministres à valider les dogmes de la sobriété par pur conformisme.
  • Réseaux structurés : Des collectifs comme « Le Lierre » sédimentent l’idéologie écologiste au cœur des ministères, affaiblissant le pouvoir politique.
  • Goulots d’étranglement : L’interdiction de l’acétamipride, propre à la France, démontre comment le refus de la technique sabote délibérément la production.

Atlantico – La nomination de Monique Barbut — ex‑WWF, envoyée spéciale de Macron depuis 2020 — révèle‑t‑elle un entrisme écologiste décroissant au sein de l’État, rendu possible par la stratégie macroniste de recrutement hors partis ?

Olivier Vial : Oui. Macron accélère ce phénomène avec sa logique de dépassement des partis politiques. On a souvent eu dans les partis l’envie de s’appuyer sur la « société civile », ce qui ne veut pas dire grand‑chose puisque les élus sont eux aussi issus de la société civile. Mais sur les questions d’écologie, quand on veut trouver un expert, on va chercher parmi les ONG, qui apparaissent comme les seules légitimes.

C’est cela le vrai point : on croit que seuls ceux qui ont des références ONG sont légitimes sur l’environnement. Nicolas Hulot avait un profil hybride entre médias et ONG. Monique Barbut est un mix entre juriste, technocratie et milieu ONG. Cela révèle surtout que la légitimité écologique est aujourd’hui confisquée par les ONG.

Comment expliquer que des ministres technocrates comme Pannier‑Runacher, nommés pour leur expertise industrielle, finissent par porter des politiques de sobriété conçues par leurs administrations avant leur arrivée ?

Olivier Vial : Parce qu’au‑delà des administrations, il existe un imaginaire hégémonique construit depuis les années 1970 par des activistes, des ONG et certains médias. Un écosystème de médias alternatifs diffuse l’idéologie de la sobriété et de la décroissance, imposant des grilles de lecture.

La première grille, héritée du rapport Meadows, est qu’il faut limiter la croissance. L’imaginaire dominant dit que la technologie n’est pas pertinente, que les solutions techniques ne sont que des diversions qui prolongent un système jugé mauvais : capitaliste, occidental, impérialiste, colonialiste. L’objectif est de déconstruire ce système.

Dans cet imaginaire, l’homme occidental doit « se retirer » de l’écosystème, se punir des erreurs passées. Toute solution technique est rejetée car elle pourrait faire durer le système. Même un ministre issu de l’industrie, s’il propose des solutions techniques, est perçu comme allant dans la mauvaise direction.

Cet imaginaire est quasi religieux : ce qu’on attend n’est pas des solutions, mais une forme de pénitence.

La réduction des cabinets entre 2017 et 2022 a‑t‑elle créé un environnement où les directions centrales, les agences sanitaires et les réseaux écologistes disposent d’un pouvoir supérieur à celui des ministres ?

Olivier Vial : Je ne pense pas que ce soit la réduction des cabinets. En réalité, ils n’ont pas tellement diminué : beaucoup de conseillers continuent à graviter, parfois intégrés à l’administration.

Le vrai changement est ailleurs : l’expérience. Les conseillers sont beaucoup plus jeunes, les ministres aussi, souvent avec peu d’ancrage politique. Ils sont plus facilement confrontés à l’air du temps, sans l’expérience qui permet de relativiser, ni les retours de terrain qu’avaient les élus locaux devenus ministres.

Les ONG viennent avec des solutions « pures », radicales, qui semblent aller à la racine des choses. Elles ont une audience plus importante. Et l’air du temps décroissant a progressé : dans les années 70‑80, la décroissance était perçue négativement ; depuis dix ans, les Français y sont plutôt favorables sur le principe.

Trois phénomènes :

  • cabinets et élus moins expérimentés ;
  • ONG capables d’offrir un discours globalisant ;
  • un imaginaire décroissant devenu dominant.

Le réseau “Le Lierre” et les trajectoires de conseillers comme Faraco ou Ginet témoignent‑ils d’un entrisme écologiste structuré — ou d’une convergence idéologique entre ONG, hauts fonctionnaires et conseillers techniques ?

Olivier Vial : Il n’y a pas de volonté organisée. C’est moins un complot qu’une idéologie qui s’est développée dans certains milieux.

Les formations des élites ont intégré des modules environnementalistes : écoles de commerce, écoles d’ingénieurs, Sciences Po. On enseigne l’anthropocène, des théories sociologiques du rapport à la nature, des cours sur le « renoncement » à certaines activités économiques. Cette formation crée des cohortes de diplômés qui, arrivés à des postes importants, se reconnaissent et imposent leur vision.

Quand il y a des résistances, ils se structurent. On a des réseaux de hauts fonctionnaires militants, des boucles de magistrats en justice administrative hostiles aux grands projets d’infrastructure. L’idéologie s’est sédimentée autour de groupes.

Mais l’opinion publique ne les suit pas toujours. Plus les événements climatiques augmentent, plus les citoyens demandent des solutions concrètes plutôt que des discours culpabilisants. Les écologistes parlent de « retour du bâton », mais c’est spontané : les citoyens veulent des solutions, pas des pénitences.

L’affaire de l’acétamipride — interdit en France mais autorisé dans toute l’UE jusqu’en 2033 — illustre‑t‑elle la manière dont technocratie, solutionnisme et entrisme écologiste produisent des décisions plus radicales que les arbitrages politiques annoncés ?

Olivier Vial : Oui. Il y a aussi une stratégie des mouvements activistes : créer les conditions où la décroissance devient la seule issue. Supprimer certains produits oblige mécaniquement une partie de l’agriculture à réduire sa production. Empêcher les retenues d’eau conduit à des pénuries qui imposent la décroissance. Supprimer les retenues en montagne réduit le ski, le tourisme, l’agriculture : ce sont des « goulots d’étranglement » qui créent des pénuries choisies.

Cette stratégie est portée par une grande partie des mouvements écologistes. Mais aux États‑Unis, un contre‑discours apparaît : le livre Abundance d’Ezra Klein montre que la gauche a trahi son ADN en choisissant la pénurie, ce qui renchérit les coûts et nuit aux plus fragiles. Il explique qu’on ne peut pas sauver l’environnement sans croissance, car les investissements nécessaires sont énormes.

Sur la climatisation, c’est la même logique : on refuse les solutions techniques au nom de la lutte contre le « technosolutionnisme ». Pour ces mouvements, la technique empêche la révolution qui doit renverser le système. Une climatologue a expliqué que si les logements sont climatisés, les Français ne ressentiront plus la nécessité de remettre en cause le système.

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