«Sans surprise, le meurtrier de Sarah Halimi à nouveau devant la justice»

Morgane Daury-Fauveau, professeure de droit privé à la faculté de droit d’Amiens, est secrétaire générale de l’UNI et présidente du CERU. Elle s’est exprimée le 28 février 2026 pour Le Figaro.

FIGAROVOX/TRIBUNE – Kobili Traoré, déclaré irresponsable en 2019, a été présenté à un juge pour séquestration et vol avec arme. Pour la juriste Morgane Daury-Fauveau, ce scénario était hélas prévisible au vu du profil du meurtrier.

Le meurtrier de Sarah Halimi, après 35 heures de garde à vue, doit être déféré aujourd’hui au tribunal judiciaire de Paris. Il est soupçonné d’avoir, avec deux autres individus, séquestré un homme, l’avoir roué de coups, brûlé avec une cigarette et lui avoir dérobé pour 100 000 euros de bijoux à son domicile.

On se rappelle qu’en 2017, Kobili Traoré, 27 ans, sans emploi, au casier judiciaire garni d’une vingtaine de condamnations, a pénétré chez Sarah Halimi, une dame de confession juive de 65 ans, l’a battue à coups de poing et de pieds pendant une heure, en récitant des sourates du Coran, avant de la précipiter dans le vide.

Les juges ont considéré qu’il était atteint d’une bouffée délirante au moment des faits, due à sa consommation massive de stupéfiants depuis son adolescence. Tout en affirmant qu’il avait volontairement donné la mort à la victime avec la circonstance aggravante de mobile antisémite, ils l’ont déclaré irresponsable pénalement, sur le fondement de l’article 122-1 du code pénal (« N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes »). Le fait que Traoré se soit volontairement intoxiqué n’a pas ému la Cour de cassation qui a affirmé, dans son arrêt du 14 avril 2021, que « les dispositions de l’article 122-1, alinéa 1er du code pénal, ne distinguent pas selon l’origine du trouble psychique ayant conduit à l’abolition du discernement ».

À l’époque, nous avions souligné les dangereuses conséquences d’un tel arrêt : interné en psychiatrie, Traoré allait nécessairement sortir à court ou moyen terme. En effet, n’étant pas atteint à proprement parler d’une maladie mentale, les autorités médicales et administratives n’auraient pas d’autre choix que de le libérer une fois sevré. Nous ne sommes pas en URSS et on ne prolonge pas l’internement de gens qui ne sont pas atteints de pathologies mentales graves. Mais que croyait-on alors ? Qu’il allait se ranger gentiment, prendre un emploi et ne plus jamais toucher au shit qui lui avait tant ravagé le cerveau ?Il est urgent de prévoir que la consommation volontaire de substances psychoactives exclut le bénéfice de l’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental.

C’est donc sans surprise que l’on apprend dans Le Figaro que l’homme séquestré et torturé était… le pourvoyeur de stupéfiants de Traoré. Il est vrai que celui-ci n’avait pas été encore libéré mais en prévision d’une telle libération, il bénéficiait d’une permission de sortir et a agi au cours de celle-ci.

L’affaire Halimi avait tant ému l’opinion publique que le législateur avait réagi par l’adoption de la loi n° 2022-52 du 24 janvier 2022 relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure. Celle-ci n’a nullement remis en cause la solution de la Cour de cassation, selon laquelle l’intoxication volontaire n’exclut pas l’irresponsabilité pénale pour trouble mental. Tout au plus a-t-elle réservé l’hypothèse de celui qui consomme des substances psychoactives dans le dessein de commettre l’infraction : celui-là est responsable pénalement. Ce faisant, le législateur n’a fait que consacrer une jurisprudence constante qui a toujours décidé que celui qui s’enivre ou se drogue pour se donner le courage de passer à l’acte ne peut pas bénéficier de la cause d’irresponsabilité pénale.

Plus novatrices, et désespérantes, sont les dispositions issues de la loi de 2022 aux termes desquelles le fait pour une personne de consommer des substances psychoactives sous l’emprise desquelles elle commet un homicide volontaire dont elle est déclarée irresponsable pour cause de trouble mental, constitue un délit puni de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende si elle avait conscience du fait que cette consommation était susceptible de la conduire à mettre délibérément autrui en danger. Mais le pire est la suite : le même comportement devient un crime puni de quinze ans de réclusion criminelle lorsque la personne qui a commis l’homicide volontaire avait déjà commis un meurtre pour lequel elle avait déjà été déclarée irresponsable pénalement en raison d’un trouble psychique ou neuropsychique temporaire provoqué par la même consommation volontaire de substances psychoactives….

Le législateur a donc lui-même intégré la possibilité qu’un meurtrier qui a bénéficié une première fois de l’irresponsabilité pénale dans les circonstances décrites puisse tuer à nouveau et bénéficier encore de la même cause d’irresponsabilité pénale… Quel aveu d’échec…

Quant à Traoré, la question se pose de savoir s’il va à nouveau bénéficier de l’irresponsabilité pénale ? Rien n’empêche de le penser s’il plaide encore l’abolition du discernement dû à une bouffée délirante…

Il est urgent de prévoir que la consommation volontaire de substances psychoactives exclut le bénéfice de l’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental.

Crédit image : Par © Polymagou / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=89715400

Le CERU appelle à reconnaître le mobile politique comme circonstance aggravante

Le Centre d’études et de recherches universitaires (CERU), ainsi que l’Union nationale interuniversitaire (UNI), demandent que la violence commise en raison de l’appartenance ou des convictions politiques d’une personne soit reconnue comme une circonstance aggravante dans le code pénal.

Chaque fois que des militants sont agressés pour leurs prises de position, c’est la démocratie qui est attaquée. Le législateur doit montrer sa volonté de mettre un coup d’arrêt à ce type de violences, qui viennent de se traduire par la mort de Quentin.

Aujourd’hui, le code pénal ne prévoit aucune circonstance aggravante liée au mobile politique d’un crime ou d’un délit.

Il s’agit pourtant d’un mobile discriminatoire (une personne est agressée en raison de ses convictions politiques), au même titre que le mobile raciste (l’infraction a été commise « à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance de la victime à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée », art. 132-76 du code pénal) et le mobile sexiste (la victime a été visée « à raison de son sexe, de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, vraie ou supposée », art. 132-77 du code pénal).

Afin de mieux punir ceux qui utilisent la violence et les menaces pour tenter de faire taire toute opposition, l’UNI et le CERU demandent qu’une nouvelle circonstance aggravante, liée au mobile politique, soit inscrite dans le code pénal.

«La menace se situe beaucoup plus du côté de l’ultra gauche», assure Olivier Vial

Diffusée sur Europe 1 dans le cadre de l’émission Europe 1 Matin, cette interview de Olivier Vial, directeur du CERU (Centre d’études et de recherches universitaires) et responsable du programme d’études sur les radicalités et les nouvelles formes de contestation, s’inscrit dans un contexte marqué par une recrudescence des violences politiques et par le débat public autour de la mort de Quentin Deranque.

À la suite de ce drame, une réunion s’est tenue à l’Élysée afin d’évaluer la menace posée par les groupuscules radicaux et d’envisager d’éventuelles dissolutions d’organisations. C’est dans ce climat de tension sécuritaire et de controverse politique qu’Olivier Vial est interrogé sur l’état réel des menaces extrémistes en France et sur la hiérarchisation des priorités en matière de sécurité intérieure.

Au cours de l’entretien, il défend l’idée que la menace actuelle ne serait pas symétrique entre l’ultra-droite et l’ultra-gauche. S’appuyant sur les données issues des services de renseignement, il avance que le nombre d’individus suivis et de projets d’actions violentes attribués à l’ultra-gauche serait plus élevé. Il décrit cette mouvance comme structurée, idéologiquement cohérente et capable d’actions coordonnées, notamment dans des logiques de sabotage et de contestation radicale.

À l’inverse, il présente l’ultra-droite comme davantage fragmentée et marquée par des profils plus isolés, tout en reconnaissant sa dangerosité. Il souligne également les limites potentielles des dissolutions administratives, estimant qu’elles ne suffisent pas toujours à désorganiser durablement les réseaux militants.

Cette intervention propose ainsi une analyse structurée de l’évolution des radicalités en France et invite à une lecture rigoureuse des données disponibles afin d’éclairer le débat public sur la nature et l’intensité des menaces contemporaines.

Ultragauche : dans les camps armés du Moyen-Orient

MILITARISATION. Des filières militantes françaises et européennes conduisent certains activistes d’extrême gauche vers des camps d’entraînement basés au Moyen-Orient.

Article publié sur le JDD le 22/02/2026 et écrit par Lara Tchekov avec la participation de Olivier Vial et Michel Fayad disponible dans son entiereté sur le site du JDD : https://www.lejdd.fr/Societe/ultragauche-dans-les-camps-armes-du-moyen-orient-167057

Octobre 2023, à Lyon, un hommage est organisé pour Dominique Bernard, professeur assassiné par un islamiste. Ce jour-là, dans un court enregistrement diffusé par le collectif Némésis, Raphaël Arnault, alors candidat aux législatives, tient des propos d’une violence rare : « Cette bouffonne d’Alice Cordier [directrice du collectif Némésis, NDLR] qui repartage les Kurdes. J’ai un conseil à lui donner : qu’elle vienne là-bas, vers les Kurdes. On va lui mettre une balle dans la tête. » La référence ne relève pas d’une simple outrance verbale. L’engagement radical de Raphaël Arnault, comme celui de l’autre cofondateur de la Jeune Garde Safak Sagdic, dépasse les affrontements de rue. En 2015, Safak Sagdic a rejoint – en le revendiquant publiquement – les milices kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) au Kurdistan syrien. Un mouvement qui gravite dans l’orbite idéologique du PKK, organisation kurde née en Turquie et historiquement structurée autour d’une matrice marxiste. La référence aux « Kurdes », lancée par Raphaël Arnault, renvoie à un espace bien réel de combat armé. D’autant que les forces kurdes, engagées dans des conflits ouverts, recrutent des volontaires. Pour des militants d’ultragauche, ces fronts étrangers présentent un double intérêt : défendre une cause perçue comme révolutionnaire et se former militairement.

La violence pratiquée par certains groupes antifas s’alimente et se structure en effet au contact de théâtres de guerre, puisque certains militants d’extrême gauche français et européens se rendent au Moyen-Orient pour s’entraîner militairement, dans des camps palestiniens au Liban, ou kurdes en Syrie. Selon nos informations, recueillies auprès de l’armée libanaise, des militants français de La France insoumise auraient pris contact avec le militant pro-palestinien Georges Ibrahim Abdallah, libéré en juillet dernier après quarante années de détention pour complicité d’assassinat terroriste. Ils lui auraient demandé s’il était en mesure d’organiser leur entraînement dans des camps palestiniens – s’appuyant sur sa légitimité d’ancien coordinateur militaire entre des mouvements de gauche européens et des organisations palestiniennes pendant la guerre du Liban. Mais les marges d’un homme surveillé par l’armée libanaise sont réduites. Cette dernière soupçonne des élus LFI – qui ont publiquement soutenu Abdallah – d’avoir transmis ses coordonnées…

La suite de l’article disponible sur : https://www.lejdd.fr/Societe/ultragauche-dans-les-camps-armes-du-moyen-orient-167057

Crédit image : Par Gregor Wünsch from Leipzig, Deutschland — le0407 (Rojava) – Antifa-Fahne, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=98712364

Mouvements antifa : «LFI a ouvert la boîte de Pandore», dénonce Olivier Vial

Cette vidéo a été publiée sur Europe 1 le [date de publication : il y a environ une semaine] dans le cadre de l’émission Europe 1 Matin. L’émission est animée par Dimitri Pavlenko et reçoit Olivier Vial, directeur du Centre d’études et de recherches universitaires (CERU) et responsable du programme sur les nouvelles radicalités politiques. L’interview s’inscrit dans un contexte d’actualité marqué par les violences politiques récentes en France, notamment la mort de Quentin Deranque après une altercation violente. Les débats publics autour des mouvements politiques radicaux y sont abordés, avec un focus particulier sur les mouvements antifascistes dits antifa et leurs liens supposés avec des formations politiques institutionnelles comme La France Insoumise.

Olivier Vial analyse et décrypte les mouvements dits antifa et leurs dynamiques actuelles. Il revient d’abord sur les faits tragiques entourant la mort de Quentin Deranque à Lyon, évoquant le rôle des militantes du collectif Némésis et les allégations selon lesquelles l’un des agresseurs serait un proche de Raphaël Arnaud, figure associée à La Jeune Garde. Le débat s’oriente ensuite vers la nature et l’évolution de la mouvance antifa, traditionnellement fragmentée et marginale, mais restructurée récemment autour de figures qui cherchent à lui donner une vitrine nationale, avec une esthétisation assumée de la violence et des stratégies de communication marquées.

Vial distingue le concept théorique d’autodéfense, souvent revendiqué par ces groupes, de la légitime défense juridique, et souligne que la logique adoptée par certains militants dépasse largement le cadre défensif pour s’apparenter à des actions ciblées et préméditées contre des adversaires politiques ou institutionnels. Il évoque également le rapprochement observé entre certains groupes antifa et la gauche politique institutionnelle, notamment La France Insoumise, en soulignant que ce type de liens n’était pas habituel historiquement.

L’entretien aborde ensuite l’évolution des méthodes de confrontation politique au sein de certains groupes ultra-politiques, qui emploient des tactiques de harcèlement ou de pression sociale sur leurs opposants plutôt que des affrontements spontanés. Vial met en garde contre la banalisation progressive de ces formes de violence dans le débat public, évoquant l’idée que rendre socialement coûteux le fait de s’engager politiquement pour certains adversaires est une stratégie délibérée théorisée par certains penseurs antifascistes.

Mort de Quentin : « Ce qui s’est passé à Lyon n’est pas un dérapage, la violence politique a changé de nature »

Interview d’Olivier Vial, président de l’UNI et directeur du CERU, accordée au Point, écrite par Géraldine Woessner, publiée le 16 février 2026, disponible en intégralité sur le site du Point :
https://www.lepoint.fr/societe/mort-de-quentin-ce-qui-sest-passe-a-lyon-nest-pas-un-derapage-la-violence-politique-a-change-de-FAWW5NMZ55DVNG3XFFRMTVG2NM/

Quentin Deranque, 23 ans, est mort le 14 février des suites d’un passage à tabac en marge d’une conférence de Rima Hassan, à Lyon. Pour Olivier Vial, président de l’UNI et directeur du CERU, laboratoire spécialisé dans l’étude des radicalités universitaires, ce drame était prévisible.

Jeudi 13 février au soir, à Lyon, six militantes du collectif identitaire Némésis manifestent devant Sciences Po contre une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan. Quentin Deranque, jeune militant identitaire de 23 ans, étudiant en mathématiques, fait partie du groupe appelé pour assurer leur sécurité. Il est roué de coups par plusieurs individus, « manifestement des militants d’ultragauche », a estimé dimanche soir le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Le jeune homme est mort deux jours plus tard.

La suite de l’article est disponible sur : https://www.lepoint.fr/societe/mort-de-quentin-ce-qui-sest-passe-a-lyon-nest-pas-un-derapage-la-violence-politique-a-change-de-FAWW5NMZ55DVNG3XFFRMTVG2NM/

Lyon : le « lynchage » de Quentin, symptôme d’une escalade annoncée

« Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde. » Décrire la terrible agression de Quentin comme le fruit d’une simple rixe entre militants, c’est trahir la vérité des faits, s’empêcher de saisir l’ampleur de ce drame et salir un jeune étudiant de 23 ans laissé pour mort sur un trottoir lyonnais. Son avocat, Me Fabien Rajon, est formel : « La thèse de la simple « rixe » entre deux groupes rivaux ne semble pas correspondre à la réalité des faits : il s’agirait plutôt d’un lynchage gratuit de la part de plusieurs individus, en surnombre et armés, qui se seraient acharnés sur la victime isolée. » Quentin n’avait aucun antécédent judiciaire, n’était ni agent de sécurité ni membre habituel d’un service d’ordre. Il a toujours défendu ses convictions de manière non-violente. Il est aujourd’hui en état de mort cérébrale.

« Rixe », ce mot qui blanchit la violence politique

Article écrit par Olivier Vial, directeur du CERU (Centre d’études et de recherches universitaires) et responsable du programme d’études sur les radicalités et les nouvelles formes de contestation, publié dans la nouvelle revue Politique le 14 février 2026. Il est disponible sur le site internet de la revue : https://nouvellerevuepolitique.fr/lyon-le-lynchage-de-quentin-symptome-dune-escalade-annoncee/

Comme après chaque agression d’une extrême violence commise par l’ultra-gauche, les mêmes réflexes se mettent en place : minimisation des faits, équivalence entre agresseurs et victimes, invocation d’une « rixe » pour diluer les responsabilités. Pourtant, ce qui s’est produit jeudi soir n’a rien d’une surprise. C’est au contraire l’aboutissement prévisible d’une stratégie théorisée, assumée et mise en œuvre méthodiquement depuis une dizaine d’années.

Une doctrine de la violence

Cette violence n’a rien de spontané. Elle s’inscrit dans une doctrine précisément formulée par l’historien américain Mark Bray dans son ouvrage devenu la bible des antifas français : L’Antifascisme : son passé, son présent et son avenir (2018). Pour lui, l’objectif n’est pas de débattre mais d’anéantir socialement et physiquement l’adversaire. Bray l’écrit sans détour : « On ne peut pas toujours changer les croyances de quelqu’un, mais on peut évidemment les rendre trop coûteuses politiquement, socialement, économiquement et parfois même physiquement. »

C’est le concept de l’« antifascisme du quotidien » : « augmenter le coût social des comportements oppressifs, au point que ceux qui les endossent ne voient d’autres possibilités que de rester dans l’ombre. » Le problème, c’est que ce sont les antifas qui décident seuls de ce qui est « oppressif » et de qui est « fasciste » – une catégorie qui ne cesse de s’étendre. Depuis le début des années 2000, l’Action Antifasciste Paris-Banlieue a élargi le champ du fascisme « au colonialisme, à la question palestinienne, aux violences policières ». En s’appuyant sur la dynamique des luttes intersectionnelles, les antifas ont ainsi créé une véritable machine à « nazifier ». Tous ceux qui s’opposent à eux sont immédiatement considérés comme des fascistes, des nazis. Ils sont ainsi déshumanisés, ce qui facilite et légitime les passages à l’acte violent.

Ne nous y trompons pas : si le harcèlement numérique constitue l’artillerie, la violence physique reste l’infanterie indispensable. Bray est d’un cynisme absolu : « En vérité, la violence représente une toute petite partie – néanmoins vitale – de l’antifascisme. » L’escalade est programmée, résumée par cette formule glaçante : « Tu te bats contre eux à coups de poing pour ne pas te battre à coups de couteau. Tu te bats contre eux à coups de couteau pour ne pas te battre avec des fusils. Tu te bats contre eux avec des fusils pour ne pas te battre avec des tanks. »

Résurgence d’une violence politique de haute intensité

C’est au nom de ces « tanks » imaginaires que le jeune Quentin est en état de mort cérébrale, que des militants de l’UNI ont été attaqués au couteau à Strasbourg, tabassés avec de gants coqués à Toulouse, ou que deux étudiants ont été roués de coups par une trentaine d’antifas à Rennes. Rien que pour l’année 2025, le syndicat étudiant a recensé 43 agressions violentes contre ses membres. Pour l’antifa, frapper le premier n’est pas une agression, c’est « désamorcer le besoin d’autodéfense ». Sic !

Mais on est très loin de la légitime défense. Les antifas ont mis en place un véritable système de fichage de leurs adversaires politiques. Ils ne se contentent pas d’agressions pour faire stopper les actions militantes de leurs adversaires (ce qui serait déjà condamnable) : ils traquent leurs cibles quand elles sont seules, les harcèlent jusqu’à leur domicile pour leur faire comprendre que nulle part elles ne seront en sécurité. À Nantes, des menaces de mort nominatives ont été taguées aux abords des domiciles de militants de l’UNI ainsi que sur les murs du commerce où l’un d’eux occupait un job étudiant.

De nombreux commentateurs rappellent que la violence politique a toujours existé. C’est vrai, mais elle change de nature et d’intensité. Depuis quelques mois, nous assistons à une résurgence d’une violence que nous n’avions plus connue depuis la fin des années 70 (banalisation des sabotages, usages de bombes incendiaires, attaques contre les forces de l’ordre, agressions ciblées…). Cette radicalisation s’accompagne d’ailleurs d’une romantisation de la violence de cette époque. Le 28 mars 2023, Jean-Marc Rouillan, cofondateur d’Action directe condamné à perpétuité pour assassinats, était invité à l’université de Bordeaux occupée pour disserter sur « les suites à donner au mouvement social ». Un participant déclarait « trouver intéressant qu’il vienne raconter pourquoi il a choisi la lutte armée ». Le 15 octobre 2025 à Paris 8, des centaines d’étudiants répondaient en chœur « Non ! » à la question « Condamnez-vous le 7 octobre ? » avant d’entendre : « Nous revendiquons le 7 octobre. »

Cette normalisation de la violence s’inscrit également dans une stratégie politique explicite. En 2012, Jean-Luc Mélenchon fixait le cap : « La conquête de l’hégémonie politique a un préalable : il faut tout conflictualiser ! » L’objectif était de « transformer un peuple révolté en peuple révolutionnaire ». Nous y sommes.

Les antifas imitent plus qu’ils ne combattent le fascisme

Il y a une ironie tragique dans cette situation. En prétendant combattre le fascisme, les antifas en reproduisent toutes les méthodes : fichage des opposants, attaques contre des journalistes, harcèlement organisé, violence de groupe contre des individus isolés, culte de l’action directe, romantisation de la violence politique, élargissement sans fin de la liste des ennemis. Quand tout devient fasciste, quand tout adversaire politique est transformé en « nazi », la violence devient légitime.

Tant que les agresseurs seront relaxés, tant que les présidents d’université préféreront annuler des conférences plutôt qu’affronter la violence antifasciste, tant que les médias et la classe politique feront preuve d’une indulgence coupable pour la violence politique quand elle vient de la gauche, le message demeurera le même : la terreur paie. Mark Bray l’a compris : nos institutions sont faibles.

Quentin n’est pas mort dans une « rixe ». Il a été lynché en application d’une doctrine qui théorise la violence comme outil politique légitime. Ce drame était prévisible. D’autres suivront tant que nous refuserons de nommer cette réalité.